• Ewa Staub

Notre carte de route 1. Les deux axes.

Mis à jour : il y a un jour


Depuis une quinzaine d'années, avec l’homme avec qui je partage ma vie, on passe notre temps à nous former et à réfléchir sur les méthodes thérapeutiques à disposition. Il y en a des centaines. Rien qu’en regardant la liste de celles qui sont remboursées par les assurances, on se dit qu’une vie ne suffit pas pour s’y retrouver.


Et puisque, de un, nous sommes tous les deux des pinailleurs, et de deux, nous avons besoin d’une approche en même temps solide et flexible, nous avons fait le travail de trier entre ce qui nous semble juste et le reste, et ensuite d’en extraire une ligne avec laquelle nous nous identifions et nous sommes confortables tous les deux.


Le résultat est suffisamment satisfaisant pour qu’on vous le présente en grandes lignes, en espérons qu’il fous facilitera la vie à vous aussi.


Nous avons donc l’honneur de vous présenter ici la méthode de travail thérapeutique UG-ES. Qui commence par la question, somme toute, banale, qui est :


Au fond, qu’est-ce que nous voulons tous, de tout notre cœur ?


La question semble banale à certains et à d’autres très compliquée. On peut penser au bonheur, à la santé, à la prospérité, au succès. Oui, c’est vrai. Il doit exister peu de personnes qui souhaitent ouvertement être malheureux et malades.

Ceci dit – si l’on descend encore plus loin et si l’on suit l’indice qui se trouve dans la question, on trouve la réponse donnée par les plus courageux et les plus candides.


Il s’agit de l’amour.


1. AMOUR


C’est codé dans toutes les langues avec l’expression « de tout cœur ». Ce que nous voulons de tout notre cœur, c’est l’amour. Notre cœur veut aimer et être aimé, il est fait pour cela.

Il est fait pour aimer inconditionnellement.

Je veux bien, encore une fois, que ce soit d’une banalité déconcertante, mais ce constat est totalement assumé et il nous servira de point de départ.


Alors, cet amour que nous voulons tous, qu’est-ce que c’est plus précisément ?


C’est, encore une fois, quelque chose d’inconditionnel et plus fort que le reste. Si nous aimons quelqu’un « parce que », cela veut dire que nous ne l’aimons pas. Si quelqu’un nous aime à cause de notre incroyable physique, notre talent de chanteur, nos bonnes notes à l’école – cela nous met immédiatement en état d’insécurité ; qu’est-ce qui se passera alors dans cette relation si je tombe malade, si j’ai un accident, si je perds ma fortune. Et nous négocions avec notre cœur pour troquer l’amour inconditionnel contre l’échange de bons procédés avec l’autre. En rêvant des relations qui restent aussi inébranlables dans le bonheur que dans les épreuves, dans la santé que dans la maladie, tous les jours de notre vie.

Autant avec notre conjoint que avec nos parents, enfants, famille, amis.


Mettons cet amour inconditionnel comme le premier point de notre carte de voyage :





Nous sommes d’accord – c’est le point vers lequel notre cœur souhaite arriver, et pas le point où nous sommes. En réalité, nous sommes la plupart du temps quelque part à côté, plus ou moins éloignés :





A ce moment, nous nous sommes posé la question : puisque le point A, l’amour inconditionnel, nous le définissons comme un, rigoureusement le même pour tous, est-ce que nous pouvons aussi définir un seul point opposé, pareillement commun pour tout le monde ?


Qu’est-ce qui peut être à l’opposé parfait de l’amour ?


Quand on pose la question, la réponse la plus fréquente c’est : la haine. Et c’est très juste. La haine est froide et destructrice, autant pour la personne qui l’éprouve que pour celle à qui elle s’adresse. Mais nous n’étions pas tout à fait heureux avec ce concept. En regardant plus profond, on a vu la haine comme de l’amour blessé, une plaie infectée et douloureuse qui ne peut pas guérir. Donc, la haine ce ne serait pas une absence d’amour mais de l’amour malade ?... Alors que nous, on cherche quelque chose de glacial, où l’amour est parfaitement absent et, humainement parlant, ne peut pas apparaître.

Du coup, exceptionnellement, nous a eu recours aux travaux de C.G. Jung et nous avons choisi le mot


2. POUVOIR.




Duquel nous sommes, tout comme de l’amour, plus ou moins proches ou éloignés :





Et avec ces deux concepts nous nous sommes retrouvés sur un axe sur lequel, il nous semble, on oscille pendant le temps de notre vie :




Il faut dire ici que le pouvoir est très souvent confondu avec l’amour. On le reconnaît par les expressions telles que « je sais ce qui est bon pour toi ».

C.S. Lewis, dans la préface de la « Tactique du diable » décrit cette confusion tellement mieux que je choisis de le citer à la place de trouver mes propres mots :


« J’imagine que les diables peuvent, dans le sens spirituel, se dévorer l’un l’autre. Tout comme ils peuvent nous dévorer, nous les humains. Dans la vie humaine, nous rencontrons également des passions orientées vers la domination et quasiment la possibilité de dévorer l’autre personne ; sur l’envie de transformer toute la vie intellectuelle et émotionnelle de l’autre en une sorte de prolongement de ses propres émotions et intellect ; pour pouvoir afficher sa propre haine, ses propres rancunes, son propre égoïsme à travers une autre personne comme si c’était à travers soi-même. La place des émotions de l’autre doit être vidée et désaffectée pour faire de la place aux nôtres. Et, si l’autre résiste, nous le traiterons d’égoïste. Sur la terre ce désir est souvent nommé « l’amour ». »


Ce pouvoir, cette domination que nous avons décidé de mettre à l’opposé de l’amour serait donc une parfaite déconsidération de l’autre. Si nous haïssons quelqu’un, ses émotions vont nous toucher : s’il est heureux, nous serons en rage, s’il est en détresse, cela nous fera plaisir. C’est atroce, mais c’est vivant. Alors que dans la prise de pouvoir, la détresse ou le bonheur de l’autre ne nous touchent plus. L’autre, comme le dit Lewis, devient juste une peau que nous remplirons de ce qui bon nous semble. L’autre est mort.

Voici pourquoi ce choix. L’amour c’est de s’émerveiller devant la vie, le pouvoir c’est d’utiliser quelqu’un en le considérant comme mort.

« C’est pour ton bien que je fais ça », explique un psychopathe à son enfant, tout en le frappant.


L’expression « l’amour est aveugle » nous met en erreur. Au contraire – si l’on aime réellement quelqu’un, on le voit en « haute résolution », on voit sa lumière et on s’émerveille de chaque détail. Un peu comme les parents s’émerveillent du petit orteil de leur nouveau-né.

C’est le pouvoir qui est aveugle, ce qui lui permet de dévaster sa victime sans regrets, tel le rouleau-compresseur.


Concluons :

Pour aimer quelqu’un, il faut le voir. Pour voir quelqu’un, il faut l’aimer.


Cela nous amène sur l’importance de la vision dans notre équation. Et sur l’expression « Ah, je vois ». Quand on dit cela, ça veut dire qu’on a compris quelque chose.

Par extension, « je te vois » veut dire « je te comprends ».


3. COMPRÉHENSION


La question suivante que nous nous sommes posées c’était le lien entre l’amour inconditionnel, l’axe inébranlable de notre approche, et la compréhension. Nous nous sommes dit que ces deux choses, en quelque sorte inséparables, ne partent pas du même centre. Nous souhaitons aimer l’autre de tout notre cœur, mais nous nous prenons la tête pour le comprendre.

Ce qui nous met dans la


4. CONFUSION


Alors nous avons séparé l’axe du cœur – l’amour versus le pouvoir, de l’axe de la tête. Nous l’avons appelé l’axe compréhension versus confusion.

Cela a donné le graphique suivant :


Nous pouvons, selon la situation, nous retrouver dans l'un des quatre quarts:


A/CP - Amour et Compréhension : tout va bien dans le meilleur des mondes.

P/CP - Pouvoir et Compréhension : on se débrouille; on peut afficher une très belle façade, mais à l'intérieur c'est plutôt sombre.

A/CF - Amour et Confusion : on est "trop" gentil; on fait facilement confiance et on tombe aussi facilement dans des pièges.

P/CF - Pouvoir et Confusion : on a beaucoup d'attentes envers les autres et peu de moyens pour obtenir ce qu'on attend.


Le but de tout travail thérapeutique est d'avancer le plus loin possible dans le quart A/CP, bien sûr.

Pour cela, il est nécessaire d'abord de situer sa position de départ.


Et pour cela, nous allons développer ces quatre profils de base dans la note suivante.


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