• Ewa Staub

Intégration psychomotrice




OU: COMMENT LES MOUVEMENTS DU BÉBÉ DEVIENNENT DES MOUVEMENTS D'ADULTE

OU: COMMENT LES MOUVEMENTS RÉFLEXES DEVIENNENT LES MOUVEMENTS CONSCIENTS

OU: COMMENT LES MOUVEMENTS INVOLONTAIRES DEVIENNENT LES MOUVEMENTS VOLONTAIRES.


  1. Introduction

  2. Qui est cette personne qui sort du ventre de sa maman

  3. Le dialogue entre l'inné et l'acquis


1. Introduction

Je pense que nous sommes toutes et tous d'accord: aujourd'hui, dès qu'on dit "l'enfant", on pense "psychomotricité".

...et dès qu'on pense "psychomotricité", on est un peu perdu, parce qu'on ne sais pas trop ce que ça veut dire.

Le plus souvent, on sait qu'il vaut mieux que notre petit ne soit pas considéré comme maladroit ni distrait. Mais on saurait pas être beaucoup plus précis. En plus, en même temps que "pas maladroit", notre enfant doit être considéré comme "sage".

Alors, on se met à attendre (et à exiger!) de nos enfants qu'ils ne bougent pas en même temps qu'à attendre (et à exiger...) qu'ils ne soient pas maladroits.

Malheureusement, ou plutôt heureusement -


LES DEUX EN MÊME TEMPS, CE N'EST PAS POSSIBLE.

Attention! Je je suis pas en train de vous dire que, pendant les repas de famille, les petits sont autorisés de galoper autour de la table en hurlant, tirer la nappe et en faire un tipi.

Je ne suis pas en train de dire non plus que la maîtresse d'école n'a pas le droit d'exiger de la classe des 20 enfants de la laisser donner son cours, sans renverser tout le mobilier et briser les fenêtres.


Je suis en train de dire que, pour qu'un enfant de 7 ans puisse rester serein, calme et concentré pendant 45 minutes, il doit avoir à son actif 7 années de séquences motrices bien précises.


Je suis aussi en train de dire que, pour qu'un enfant de 7 ans sache courir sans tomber, faire du vélo sans tomber, viser la cible avec un ballon, attraper ce ballon sans s'écraser le nez, parler sans bégayer, lire sans se décourager à la deuxième ligne, raconter ce qu'il a fait il y a 30 minutes, différencier la droite et la gauche, savoir lacer et délacer ses chaussures - eh ben, il doit avoir à son actif 7 années de séquences motrices bien précises. (Je suis à votre entière disposition pour parler de ces séquences, et un jour il y aura ici le lien vers une note qui en parlera.)


Ici, je vais essayer de répondre à la question POURQUOI notre enfant de 7 ans a besoin d'avoir à son actif tout cet entraînement, et POURQUOI il ne peut pas devenir un enfant habile si l'on attend de lui, depuis tout petit, de rester sage, ne pas bouger, ne pas déranger. En gros, pourquoi il ne peut pas devenir habile si l'on ne lui permet pas de le devenir.


On va commencer notre histoire au moment de la naissance.


2. Qui est cette personne qui sort du ventre de sa maman.


Le bébé qui naît[1] est déjà pleinement le membre de l'espèce humaine. Il est à 100% humain, avec tout le potentiel de l'humanité.

Il est aussi à 100% lui-même, l'individu unique, avec son propre code génétique, son ressenti, le futur qui se dessine devant lui et l'empreinte unique qu'il laissera dans le monde.

Ce que le bébé n'a pas à ce moment-là, c'est son expérience individuelle. Celle-là, contrairement au code génétique, il ne le reçoit pas, ce sera à lui de la construire tout au long de sa vie.


Au niveau de son cerveau, on peut l’illustrer comme ceci :



Mémoire de l’espèce : 100%

Expérience de l’espèce : 100%

Mémoire individuelle : 0%

Expérience individuelle : 0%



Ceci est notre point de départ. A partir de ce moment – le moment de la naissance – jusqu’à la mort, le bébé, le petit humain, va continuellement remplir cette partie vide avec ses expériences, souvenirs, apprentissages. Ils seront notre base pour prendre ses propres décisions[2].


Le bébé ne prend aucune décision. En quelque sorte, chez le bébé, tout se fait «tout seul». On peut le dire autrement :


- Le bébé ne prend aucune décision en se basant sur son expérience individuelle,


ou autrement


- Le bébé prend toutes les décisions en se basant sur l’expérience de l’espèce.


Cette expérience de l’espèce est enregistré dans notre cerveau archaïque. On peut l’imaginer comme une sorte de disque dur ou un disque de démarrage. Et on peut aussi imaginer à quel point ce « disque dur » doit être fiable et puissant pour être notre garantie de survie quand on est tout petit et on ne sait encore rien.

La première « grande mission » du bébé, et ensuite de l’enfant, consistera à « déménager » les données courantes depuis ce « disque de démarrage » vers les logiciels d’adulte, qui se trouvent dans le néocortex.




3. Le dialogue entre l'inné et l'acquis.



Si l'on compare le cerveau à une boîte de vitesse (ce qui n'est pas une comparaison très réussie, j'en conviens!), notre cerveau archaïque serait la première vitesse d'un très gros camion, alors que notre néocortex serait la 6ème vitesse d'une Ferrari. Ou, si vous préférez, le système archaïque ressemblerait à un puissant primate, alors que le système néocortical à une danseuse classique.


Encore une fois - c'est très bien que ce soit ainsi, car notre adorable primate est très efficient pour nous aider à survivre, alors que la danseuse est excellente pour décrocher les meilleures notes à l'école.

Ce qui n'est pas simple par contre, c'est de passer de l'un à l'autre et d'apprendre les deux à dialoguer.

Alors que c'est absolument nécessaire. Si le bébé (et ensuite l'enfant) n'apprend pas au "primate" de laisser la place à la "danseuse", celui-là sabotera sa scolarité et sa vie adulte.



Je pense que la Dame Nature a beaucoup, beaucoup réfléchi pour nous donner le plus de chances possible pour devenir forts, habiles et intelligents. Elle nous a donné un très grand cerveau avec des milliards de neurones. Elle a sans doute aussi imaginé la meilleure manière de les connecter entre eux de manière ordonnée.


Comme nous avons dit plus haut, a début cela se présente comme ça:

(Oui, un jour je le dessinerai mieux.)


Cela veut dire que - quand le bébé bouge, pleure, mange - c'est son système ARCHAÏQUE qui décide.


Par contre - c'est sa MÉMOIRE INDIVIDUELLE qui enregistre l'expérience de l'événement. Autrement dit, la danseuse garde le souvenir de la décision et du mouvement du primate. Et elle enregistre soigneusement ce souvenir dans ce qu'on appelle le cortex moteur.

Juste ici ---->>


Et elle fait cela avec chaque geste que le bébé, et ensuite l'enfant, exécute. Pour arriver, idéalement, au bout de plusieurs années et des milliers et milliers de répétitions des mêmes séquences motrices, à l'état ou c'est elle qui décide à 100% de toute la motricité consciente, en laissant le primate s'occuper des questions telles que la respiration, rythme cardiaque, clignement de paupières ou les urgences (comme retirer la main de la plaque chaude).


(Celui-là aussi, un jour je le dessinerai mieux!)


Dans le cas idéal, arrive un jour où la danseuse arrive à s'approprier 100% de mouvements conscients. On le reconnait au fait que l'enfant n'a plus aucune difficulté pour faire du sport ni pour les activités de la motricité fine (comme l'écriture), ni pour s'exprimer.

A ce moment, la danseuse envoie au primate le message suivant:


"Cher primate. Merci pour tes bons et loyaux services, grâce auxquels le bébé a pu survivre et grandir. Tu peux prendre ta retraite maintenant. Je m'occupe de la suite."


Quand le primate reçoit ce message, il est tout content et il se dit "super, enfin je peux prendre ma retraite!". Et il s'en va dormir quelque part dans le lit douillet au fond de notre crâne.


MAIS:


Dans le cas où la danseuse n'a pas pu suffisamment reprendre le travail du primate, car on l'a empêché de s'entraîner (par exemple, en nourrissant le bébé à la cuiller et donc en empêchant la "danseuse" de s'approprier les mouvements de la main), elle ne peut pas envoyer ce petit mot. C'est à dire qu'ils partagent les tâches: quand le bébé / l'enfant est serein et en sécurité, c'est plutôt la danseuse qui gère sa motricité. Quand il est inquiet, ou stressé de vivre une situation nouvelle, ce serait plutôt le primate qui prendra la main.


Imaginons maintenant notre enfant, avec le primate et la danseuse actifs, qui va à l'école pour apprendre à écrire. Cet enfant sait faire des très beau dessins. Sa "danseuse" est déjà bien entraînée. Cependant, dans un contexte de classe d'école, où tout le monde parle, où on doit répondre aux consignes et prouver qu'on est "capable", l'enfant se sentira vite stressé. Le "primate" détectera ce stress et il viendra tout de suite remplacer la danseuse.

On peut imaginer leur dialogue comme ceci:

- Danseuse! L'enfant produire adrénaline! L'enfant être en danger! Moi devoir attraper le crayon très fort et le manger!

- Mais non Primate! L'enfant est à l'école, il n'est pas en danger, il doit tenir le crayon délicatement et écrire des lettres avec! Laisse-moi faire!

- Méchante danseuse, pousse-toi!

- C'est toi le méchant, c'est à toi de partir!


... et pendant le temps de cette dispute dans son cerveau, l'enfant, qui essaiera de toutes ses forces de bien suivre les consignes, il se sentira toujours plus stressé et incapable d'obéir à la consigne de la maîtresse. Par contre, il sentira une envie irrésistible de grignoter son crayon et probablement il le fera, quitte à se faire gronder plus tard.


L'exemple de l'écriture ce n'est qu'un parmi mille pour illustrer les disputes entre le primate et la danseuse. La même chose arrive pour la parole, pour la marche, pour l'équilibre, bref, pour toutes ces choses pour lesquelles on traite nos enfants de "maladroits" alors qu'ils nous répondent qu'ils ne font pas exprès. Et c'est vrai! Eux, ils font tout pour devenir les maîtres de leur corps, c'est juste leur motricité archaïque et involontaire qui n'a pas pu être "désactivé" par manque d'occasion d'exercer la motricité mature!


ALORS - QUE FAIRE?


Quand l'enfant arrive à l'âge scolaire avec son système moteur encore habité par le "primate", c'est à dire avec les réflexes archaïques non intégrés, il est contre-productif d'exiger de lui qu'il obtienne des bons résultats scolaires ou sportif sans l'aider à bien intégrer ses réflexes archaïques. Toute autre chose reviendrait à exiger de lui qu'il construise un joli toit de sa maison, alors qu'il n'a pas fini les fondations. Cela ne peut être que bancal et bourré de compensations.

La méthode d'intégration neuro - sensori - motrice des réflexes archaïques, simple et accessible à tout parent permet d'offrir à l'enfant la base motrice, émotionnelle et cognitive la plus saine possible.


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