Les amalgames (2)

 

« Je te fais une remarque = je ne t’aime pas » 

2. L'adolescent

 

Un adolescent va gérer les remarques autrement. Puisque les remarques seront aussi différentes :-) . Puisque les premières matrices de perception seront déjà installées et métabolisés individuellement par tout un chacun à sa manière, ce qui augmente puissamment le nombre des possibilités, on prendra quelques exemples au hasard.

Mais avant, regardons ce que sont devenus nos trois enfants – A, B et C. Sans oublier que ce que l’on décrit ici est très, très sommaire.

L’enfant A : est nourri d’amour que ses parents ont pu lui communiquer ouvertement. Autrement dit, il n’a pas peur de ne pas être aimé. Il est accepté à 100%, et ce 100% d’enfant valide peut devenir un adolescent valide. C’est-à-dire un adolescent qui sait que personne ne fait jamais tout juste et que l’on n’en meurt pas. Que les enseignants peuvent être aussi bien justes qu’injustes, que les copains peuvent être aussi bien bienveillants que malveillants, les adultes dans la rue peuvent aussi bien répondre que ne pas répondre à un gentil « bonjour ». Et que cela ne change pas d’un millimètre sa valeur à lui – puisqu’il est accueilli par ses parents à 100%, avec ses acquis et avec ce qu’il lui reste à travailler. Quand il entendra « tu es moche, tu es bête, on veut pas de toi dans notre bande », il s’en remettra sans trop de dégâts, parce qu’il saura que c’est la bande en question qui dysfonctionne. Quand il entendra « tu ne sais pas mettre ton pied dominant où il faut sur ton skate », ou « ton gag ne me fait pas rire », il sera tout content et capable de remercier la personne pour l’opportunité d’amélioration qui lui est offerte.

 

L’enfant B : l’adolescent qui a grandi dans un monde sans dimensions.

« Pas maintenant. » « On verra ça plus tard. » « Va jouer dans ta chambre. » « Vite, tu vas nous mettre en retard. » « Quoi, t’es pas encore prêt ? » « Mets-moi ça dans ta chambre. »

L’adolescent dont l’enfance a été construite par le parent stressé a le choix entre deux voies, qui dépendent un peu du fait si le parent stressé a une dominante plus coupable ou plus autoritaire.

 

L’adolescent face au parent stressé / autoritaire optera pour la voie de soumission. Il se fera tout petit. Il ne dérangera pas. Adulte, il commencera ses conversations téléphoniques par « pardonnez-moi de vous déranger ». Systématiquement envoyé jouer dans sa chambre, il créera son monde à lui. Mais, au départ, il se tiendra toujours prêt à le quitter pour ne pas décevoir encore plus son parent stressé, s’il est trop lent. Avec le temps, son monde imaginaire l’aspirera toujours plus et il deviendra insensible à des cris impatients du parent. Il les prendra comme une fatalité contre laquelle il ne peut rien. Il se peut que physiquement il reste plutôt petit et maigrichon, avec les épaules rentrées et les coudes près du corps, pour ne pas prendre trop de place. Coincé pendant l’enfance entre «dépêche-toi » et « dérange pas », il développera au départ un système d’identités à plusieurs vitesses et à plusieurs facettes, qui vont lui servir plus tard face à des différents interlocuteurs ; cependant il ne pourra s’affirmer devant aucun. Les remarques qu’il va entendre ne le construiront pas, elles vont juste servir de critère pour le choix du masque à mettre.

L’adolescent face au parent stressé / coupable prendra plutôt la voie de la révolte. Active ou passive. Ce qui revient un peu au même, sauf que dans la version active c’est l’adolescent, et dans la passive c’est le parent qui hurle plus.

Cet adolescent-là a entendu les mêmes injonctions que l’enfant du parent stressé / autoritaire. Mais il a senti que le parent ne se sent pas tout à fait légitime à les émettre. Ses réactions ont été différentes. Quand il entendait les « pas maintenant », « va jouer dans ta chambre » etc., prononcés avec une petite note de supplication, son système de base lui soufflait « si tu t’effaces maintenant, tu disparaîtras à tout jamais ; tiens bon ! ». Alors cet enfant-là hurlait, sortait tous les jouets de la chambre, trainait quand il fallait se dépêcher et tapait du pied d’impatience quand on lui demandait de revenir plus tard. Bref, il luttait pour ne pas disparaître.

A l’adolescence, les deux (l’actif et le passif), auront beaucoup de peine à comprendre que le parent puisse leur communiquer quoi que ce soit pour leur bien, tellement le sentiment de ne pas avoir de l’importance sera ancré.

L’enfant du parent stressé / coupable /en version active, quand il entendra « dépêche-toi, tu seras en retard pour l’école » , ira immédiatement vers la confrontation, en ripostant par exemple : « de toute façon l’école c’est fait pour des ratés comme toi ».

En version passive, la même remarque fera que l’ado en question ralentira (souvent sans en être conscient) encore dix fois plus, quitte à saboter une épreuve importante.

Les enfants du parent stressé / coupable auront souvent tendance à prendre de la place physiquement, c’est-à-dire, tout conditionnement génétique respecté, à être plutôt forts. En version passive souvent avec la rétention d’eau dans le bas du corps.

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